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Commerce

Le retour des farines animales

Forte de l’avis scientifique favorable de l’Efsa, la Commission européenne a réhabilité l’utilisation de certaines protéines animales transformées (PAT) dans l’alimentation des porcs et des volailles.
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Le 18 août dernier, la Commission européenne a réautorisé, après vingt ans d’interdiction pour cause de « Crise de la vache folle », la nouvelle génération de farines animales dans les mangeoires des volailles et des porcs.
Petit rappel, à la fin des années 80, l’agroalimentaire avait eu l’idée de servir à nos animaux d’élevage, des farines composées de viande et d’os issue des cadavres de poulet, de cochon et de leurs congénères. Ces farines étaient un source quasi gratuite car elles étaient récupéré chez les équarrisseurs et dans les abattoirs ; permettant à l’un d’engraisser facilement le cheptel, à l’autre de ce débarrasser des carcasses. Et de rendre un herbivore carnivore.

Donc revoici ces nouvelles protéines animales, qui devront être chauffé pendant trois heures à 180°, afin de stériliser la ration quotidienne de chaque bestiole. Le dernier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) date de 2016, rappelle la Commission, qui se veut rassurante sur la maîtrise, plus largement, des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST). A l’image du cannibalisme, considéré comme « un facteur de risque majeur d’amplification des EST » par l’experte de l’Anses, l’utilisation de PAT à destination ou issues des ruminants n’est pas à l’ordre du jour.

« Du point de vue nutritionnel, les PAT constituent une excellente matière première (MP) pour l’alimentation des animaux, avec une forte concentration de nutriments hautement digestibles tels que des acides aminés et du phosphore, et une teneur élevée en vitamines », souligne la Commission.
Une idée partagée par le Syndicat national de l’Industrie de la nutrition animale (Snia). « L’incorporation de PAT dans l’alimentation des animaux imposerait de revoir profondément les formules, relève François Cholat, son président. Mais compte tenu des tensions sur la disponibilité de certaines matières premières comme la protéine garantie sans OGM, cela offre de nouvelles perspectives de travail.

Sachant cela, Bruxelles fonde ses espoirs sur la réforme annoncée pour réduire la dépendance du continent « à l’égard des protéines des pays tiers. » Pour la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, la réhabilitation encadrée de certaines PAT « est une nouvelle étape de la stratégie euro­péenne De la ferme à la table ».

C’est donc une aubaine pour les industriels qui vont pouvoir abandonner les coûteux tourteaux de soja importés du Brésil.

En 2020, la France a acheté pour environ 1 milliard d’euros, 2,9 millions de tonnes de tourteaux.

Ça tombe bien, notre ministre de l’Agriculture avait annoncé un plan pour réduire notre dépendance au soja brésilien, en doublant d’ici à dix ans les surfaces cultivables en France. En marche vers la souveraineté alimentaire, grâce aux millions de tonnes de PAT.

Et afin d’éviter toutes dérives sanitaires, le règlement se durcit: « Des conditions strictes devraient s’appliquer lors de la collecte, du transport et de la transformation de ces produits (les PAT d’origine porcine et avicole, NDLR), et des échantillons devraient être régulièrement prélevés et analysés, afin d’éviter tout risque et de contribuer à la vérification de l’absence de contamination croisée par des protéines de ruminants interdites et de recyclage intraspécifique. »

Bref vérifier l’absence de contamination croisée. Et comme les abattoirs sont très peu spécialisés par espèces, il y a un fort risque que tout ceci s’entremêle joyeusement.
Et l’ensemble du secteur manque de vétérinaires, notamment pour faire des tests ADN, qui permettent de vérifier que les farines ne mélangent pas les bêtes à plume et à poil.

De nombreuses inconnues subsistent pour qualifier le marché des PAT.

Un scénario inquiète toutefois le syndicat des fabricants d’aliments. Si la matière première devait s’avérer rentable, mais que la France ne prenait pas le virage, pour des raisons idéologiques notamment, d’autres pays européens pourraient bien en profiter et produire à moindre coût.

Bon appétit, avant de se faire rouler dans la farine.

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